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L’ascension du mont Fuji

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L'ascension du mont Fuji

Certains matins, quand l’air était particulièrement clair, on pouvait distinguer au loin le mont Fuji dressé vers le ciel et tourné vers l’océan tel un phare à l’extrémité de l’Orient. Il retirait alors son pudique voile de brume pour revêtir à la place une élégante collerette blanche. Profitant de l’ouverture du volcan à la randonnée pendant les mois d’été, j’avais décidé de gravir son sommet en compagnie de mon frère et d’une amie. Un après-midi, nous sommes donc monté dans un bus à la gare de Tokyo, direction  Hakoné, et sommes descendus dans la soirée à Gotenba si mes souvenirs sont exacts, l’une des quatre petites villes qui servent de camp de base pour l’ascension du Fuji-san. Les convini encore ouverts malgré l’heure tardive s’avérèrent bien pratiques pour acheter les dernières provisions et surtout déposer nos énormes sac-à-dos dans une consigne.
A 23h, fin prêts, nous nous élançons alors vers le sommet à la lueur du clair de lune et de nos lampes torches. Nous croisons de temps en temps quelques randonneurs épars, puis les groupes de marcheurs se font plus nombreux avant de se rejoindre en une foule compacte qui se contracte aux pierriers et s’étire après avoir franchi l’obstacle. La scène est un peu surréaliste pour des randonneurs habitués au calme et aux grands espaces et qui se retrouvent surpris à faire la queue pour franchir les passages les plus difficiles. Nous profitons de ces haltes forcées pour contempler l’obscurité et les pélerins en contrebas qui se suivent, frontales vissées au front. Un être de lumières serpentait désormais sur les flancs du volcan ; nous nous étions dilué dans une nouvelle entité unie par le désir et l’effort. On dit parfois chaque Japonais doit se rendre au moins une fois dans sa vie au sommet du mont Fuji, que c’est leur Mecque à eux. Je ne sais pas si c’est vrai, mais cette nuit en tout cas, une foule hétéroclite d’hommes, de femmes et même d’enfants et de vieillards se presse pour atteindre le sommet avant l’aube. Pourtant l’ascension n’est pas toujours aisée : à certains endroits la pente abrupte nous oblige à nous aider de nos mains pour grimper, et je ne peux m’empêcher d’éprouver de l’admiration pour ces octogénaires qui luttent contre la terre, le froid et la nuit pour contempler le rituel immuable de la naissance du soleil. Heureusement que des refuges jalonnent le parcours où sont servis de délicieux ramens bien chauds!

Le rythme cadencé de la marche, la fatigue provoquée aussi bien par l’effort que par la nuit blanche nous plongent dans une douce rêverie et les heures défilent comme les kilomètres sous nos pas. La nuit se fait progressivement plus claire et nous apercevons finalement le torii qui marque la fin de l’ascension sur lequel veille un lion de pierre. On rencontre ces constructions élancées et colorées dans les lieux les plus communs et les plus insolites, en ville, près des temples, au sommet des montagnes ou encore dans le creux d’une souche, comme un fil rouge spirituel qui dessinerait une toile sur l’archipel. Ce n’est pas surprenant d’en voir un ici, des kamis habitent là, c’est sûr.

Heureux d’avoir atteint notre but, nous nous abritons du vent pour profiter confortablement du spectacle imminent. Nous portons notre regard vers l’est, vers l’Occident comme l’a découvert Eratosthène. Pourtant à scruter l’horizon ainsi depuis ce phare, une pensée reptilienne me convainc que je contemple en fait le bord du monde et qu’au-delà s’étend un gouffre mystérieux qui s’apprête à mettre le soleil au monde. Déjà des couleurs violacées apparaissent et se transforment lentement en rougeoiements. Une boule de couleur sang émerge alors et illumine de son écarlate une mer de nuages qui porte encore le bleu de la nuit. Par endroit des trouées dans cette étendue cotonneuse laisse apparaître le paysage en-dessous. Ailleurs on distingue des pics qui percent cette couverture qu’on pourrait confondre avec des îles qui flottent dans la brume. Le spectacle est à couper le souffle.

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    3 Commentaires

    1. super article jonigiri!
      j’ai toujours rêvé d’aller au japon et j’ai vraiment plus le choix! :)

    2. Bravo Jonigir pour les photos et la poésie du texte. A vous lire, vous avez dû en prendre plein les yeux avec votre amie et votre frère lors de cette ascension. Mais, est-il possible d’avoir d’autres photos de votre expédition au Japon, pays qui fait rêver et que je ne connais pas. En échange, je vous ferai parvenir des photos d’autres coins du monde que vous ne connaissez pas. Pour encore rêver.

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